Nymphomanie : perversion ou addiction sexuelle ?
mars 6, 2008 Perversions, Sous la couette, TendancesLe terme « nymphomanie » désignait au 19ème siècle une maladie mortelle ! L’adjectif nymphomane est aujourd’hui utilisé comme insulte envers des femmes multipliant les rencontres occasionnelles.
Le point sur cette notion aux racines plus morales que médicales…
1. Une revendication d’abord littéraire…
2. Catherine M. est-elle nymphomane ?
3. La nymphomanie au 19ème siècle
4. Les addictions sexuelles
5. Nymphomanie et donjuanisme : inégalité homme-femme…
6. Une question de norme sociale

Qui n’a jamais entendu parler de “My secret life”, ouvrage publié à la fin du XIXème siècle par un “anonyme anglais” ? Il y raconte avec un grand sens du détail ses coïts avec des milliers de femmes, revendiquant de cette façon une sexualité exacerbée.
Plus récemment, Michel Polac publiait son “Journal des années 1980–1998″ et “La luxure” où tel un Don Giovanni, il dresse le catalogue de ses conquêtes féminines.
Jusqu’alors, les femmes ne se risquaient pas à écrire des ouvrages de ce type et restaient dissimulées derrière l’ombre d’une nymphomanie encore non avouée…
Jusqu’à la publication au printemps 2001 du livre de Catherine Millet : “La vie sexuelle de Catherine M.” Il dévoile au grand public l’expérience très particulière d’une femme qui ose avouer une existence hors norme.

En effet, Catherine M. a été capable de comptabiliser quarante-neuf hommes dont elle a pu dire que “leur sexe a pénétré le sien” et auxquels elle peut attribuer un nom ou au moins une identité.
Elle s’est par contre déclarée incapable d’estimer le nombre de ceux qui se confondent dans l’anonymat des partouzes ou dans d’autres circonstances de sexualité anonyme et plurielle…

Rappelons que seulement 3 % des femmes françaises de la même tranche d’âge que Catherine M. ont déclaré avoir eu 15 partenaires sexuels dans leur vie.
En outre, les femmes qui ont osé avouer publiquement cette expérience sont encore moins nombreuses.
La nymphomanie est définie comme l’exagération pathologique des désirs sexuels chez la femme et une nymphomane serait par extension une femme trop désirante selon le Petit Robert.
Or dans le récit de Catherine M., le désir et même le plaisir ne semblent pas constituer la motivation principale de ses conduites et de ses rencontres. Seuls comptent les actes.
La nymphomanie réside-t-elle dans la multiplication des partenaires sexuels ou bien suffirait-il pour qu’une femme soit traitée de “nymphomane”, qu’elle en ait seulement le désir et le fantasme ?

La nymphomanie selon Krafft-Ebing , le grand sexologue du XIXème siècle, se complique souvent d’obsessions et les femmes qui en sont atteintes deviennent les esclaves de leur imagination.
Le corollaire de la “libido insatiata” est que ces femmes sont en outre atteintes d’une frigidité qui empêche la résolution jouissive de l’activité sexuelle dans l’orgasme afin de trouver le repos du corps, des sens et de l’âme.
Toujours selon Krafft-Ebing, les femmes atteintes de nymphomanie seraient “capables de toutes les formes de perversion et déchéance pour satisfaire leurs désirs, notamment de la prostitution”.
Ce type de comportement répétitif et excessif est actuellement considéré par les psychiatres comme une forme d’addiction sexuelle.
Il s’agit d’une pathologie de l’agir avec les symptômes de tension avant les crises, de soulagement pendant la crise, et de manque après la crise, besoin de répétition, créant ainsi une dépendance.

Très souvent cette répétition amène un isolement social accentuant une très faible image de soi à long terme. Il y a addiction quand il y a souffrance du sujet. Souvent quand la dépendance au comportement recherché n’est plus compatible avec la vie sociale.
La multiplication des partenaires sexuels est considérée différemment selon qu’elle est pratiquée par les hommes ou les femmes.
Le standard de la double morale sexuelle s’applique d’autant plus en ce qui concerne la “nymphomanie”. Dès qu’une femme commence à changer de partenaire trop souvent ou s’engage dans des relations de très courte durée, elle se voit taxée de “nymphomane”.
En dehors de quelques sociétés intégristes, la multiplication des conquêtes féminines par un homme est toujours considérée comme une preuve de virilité et est même parfois encouragée à certaines périodes de la vie (avant le mariage).

La nymphomanie est donc un état de rupture avec la norme sociale. Le fait de rêver ou de fantasmer de telles expériences est le premier degré du symptôme. Les mentalités semblent évoluer et la publication du livre de Catherine Millet en est la preuve.
Peut-être qu’aujourd’hui on est plus en mesure d’accepter qu’une femme ait plusieurs partenaires sexuels à une époque de sa vie, sans que cette conduite n’entraîne de déchéance. Les temps sont peut-être arrivés où les femmes qui aiment les rencontres occasionnelles ne seront plus considérées comme étant malades…
« Le désir s’exprime par la caresse comme la pensée par le langage. »
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